Première Pièce de Chopin ?

Première Pièce de Chopin ?

Aimez-vous Brahms Chopin ?

Un vrai fantasme pour chacun de pouvoir “jouer du Chopin au piano” !

Il en faut du temps, pourtant, avant de mettre sa première pièce sur le pupitre du piano ! Car les compositions de Chopin, avec rythmes ciselés et fioritures ne sont pas à la portée du premier venu. Mais quelques pièces “nouvellement publiées en 1955”, des valses, permettent aux plus impatients de le jouer. Alors, que choisir pour aborder Chopin pour la première fois ? C’est ce que nous allons voir dans cet article.

Maison natale de F. Chopin à Żelazowa Wola  (photo duverney)

Les éditions s’adaptent

Pendant des décennies, les pièces de Chopin étaient rassemblées en d’épais volumes : toutes les Mazurkas, toutes les Valses, tous les Préludes, enfin, vous avez compris. On achetait le volume pour n’en jouer que le dixième (1/10).

La tendance est, maintenant, pour les éditions, de séparer les pièces les plus populaires, souvent les plus accessibles, pour permettre à chacun d’acquérir LA valse ou LA mazurka tant convoitée. Il existe aussi des volumes qui rassemblent les pièces de Chopin les plus simples. Je vous donnerai les références de ces anthologies.

Chopin, homme sensible

Chopin, LE nom qui évoque le son du piano, les mélodies gracieuses et les basses profondes. Ces notes qui tombent si bien sous les doigts. A croire que Chopin savait ce qu’était l’ergonomie !

D’ailleurs, en parlant d’ergonomie, savez-vous que ce terme, nous le devons à un polonais, Wojciech Jastrzębowski ?


Je reviens à Chopin. Exilé de sa Pologne natale à l’âge de 19 ans, le compositeur avait des choses à dire avec son piano. A son piano aussi. Malheureusement, trop vite disparu, à l’âge de 39 ans.

Toute son œuvre tient en une vingtaine d’heures ! Cela paraît incroyable ! Il est tellement connu, qu’on imaginerait son œuvre pléthorique !

Réservé, grand timide qui n’osait déclarer sa flamme aux femmes… Il s’exprimait en musique. Traqueur, il n’a fait que peu de concerts à Paris : environ une quinzaine. Il préférait jouer pour une poignée de fervents mélomanes, sensibles à sa vie intérieure.

Chopin en représentation dans le salon du Prince Radziville à Berlin in 1829 (Tableau d’Henryk Siemiradzki)• Crédits : Fine Art Photographic Library/CORBIS/Corbis – Getty

“Cher Chopin, ce n’est pas du piano que vous jouez, c’est de l’âme ” !

Astolphe de Custine à Chopin

Ce sont les soirées parisiennes, très prisées, qui ont fait, en partie, la gloire de Chopin. Si la venue de Chopin était confirmée, il fallait y être présent ! Ce n’est pas pour autant qu’on l’étiquettera de “compositeur de salon”.

Plaque de rue parisienne

Chopin à Paris

A son arrivée à Paris, Frédéric Chopin pensait prendre des cours de piano avec Kalkbrenner (pianiste et compositeur de 45 ans). Mais il eut finalement la bonne idée de ne pas le faire !

Lui qui avait commencé son éducation pianistique avec un violoniste, Wojciech Zywny, et avait plutôt travaillé le piano en autodidacte, aurait certainement transformé voire durci son jeu. Il a voulu garder son “identité” en ne sombrant pas dans la technique acrobatique ambiante.

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Dès son arrivée à Paris, c’est au théâtre, que Chopin se rend. Il adore l’opéra italien. En tant que professeur de piano, Chopin conseille d’ailleurs à ses élèves de fréquenter l’opéra pour y apprendre la musique et l’expressivité ! Et il leur répétait : « Il vous faut chanter si vous voulez jouer du piano. »

L’opéra inspire profondément Chopin

L’influence du chant d’opéra, le bel canto, littéralement, le beau chant n’est plus à démontrer chez Chopin. A Paris, il rencontre Bellini (compositeur de nombreux opéras sublimes) et ils deviennent amis.

Richesse mélodique, volutes, fioritures pour embellir la musique… ces éléments composent constamment sa musique. Chopin “fleurissait” sa musique avec mordants, trilles, appoggiatures, traits légers et virtuoses inspirés du bel canto

.

Le bel canto, inspiration de Chopin

Les musiques populaires de sa Pologne natale

C’est lors de vacances passées à la campagne, quand il était jeune, que Chopin découvre les musiques populaires et les danses : Mazurkas, Polonaises, Obereks… Ces danses, il les magnifiera dans ses compositions.

Sa musique incarne aussi ce “zal”, terme polonais qui traduirait une sorte de vague à l’âme, de nostalgie, expression de la douleur de l’exil.

Danse polonaise La krakoviak
Krakoviak

Chopin, sa musique simple et néanmoins difficile

Oui, la simplicité n’exclue pas la difficulté. La musique de Chopin s’écoute facilement mais n’est pas si facile à jouer ! Musicalement. Ses harmonies ne sont pas évidentes. Pour une même mélodie reprise, il est capable de proposer une autre harmonisation, donc une main gauche différente. Pour la mémoire, ce n’est pas évident.

Mais rien de figé. On dit même que Chopin ne jouait jamais ses compositions de la même façon. Sans même changer une once de notes, les nuances et le rubato se déplacent au grés de notre humeur et de notre forme plus ou moins olympique. 🙂

On sait que Chopin n’a pas pensé à la mémoire des pianistes qui joueraient ses pièces. Pour lui, jouer une pièce de mémoire c’était presque faire preuve d’usurpation. C’était comme vouloir prendre la place du compositeur…

“Facile” à écouter, par ses mélodies si naturelles, si expressives, si entêtantes, si humaines. Si sensuelles. La musique de Chopin nous parle, nous émeut, ne nous intimide pas comme pourraient le faire celle de Beethoven dans ses sonates parfois austères ou celle de Liszt.

Chopin a écrit beaucoup de “formats courts” : pièces relativement courtes et mélodiques comme les valses, les mazurkas, les préludes. Sa musique est beaucoup plus abordable que celle, plus complexe, de Robert Schumann, par exemple.

Débuter avec Chopin

Une musique toutefois difficile à jouer avec un toucher qu’il faut sans cesse contrôler, un phraser à développer avec discernement pour guider la phrase, suivre les idées musicales. Ne pas perdre l’attention de l’auditeur. Tout un programme.

Mais pas une “musique à programme”. Chopin ne voulait pas affubler ses pièces de titres charmants voire niais. Ses compositions ne sont que musique pure et non des illustrations de quelque histoire ou nouvelle.

Il me revient un passage du délicieux livre d’Eric-Emmanuel Schmitt “Madame Pylinska et le secret de Chopin”:

Chopin ne décrit pas, n’évoque pas, ne relate pas. En fait, c’est Liszt qui aurait dû vivre avec George Sand, Liszt qui composait des musiques à programme, des musiques illustrant des poèmes, figurant les jeux d’eau à la villa d’Este ou suggérant le Souvenir, la Rédemption, la Consolation. Chopin, lui, ne part pas de quoi que ce soit d’antérieur : il crée ! Aucune image mentale ne préexiste à sa musique. C’est la musique qui impose sa réalité à l’esprit. Elle demeure pure. Elle n’exprime pas de sentiments, elle les provoque.” Paroles de Mme Pylinska, la professeure de piano.

Eric-Emmanuel Schmitt “Madame Pylinska et le secret de Chopin” P49 Ed. Albin Michel

« Chopin est si difficile, il requiert un certain abandon. C’est à la fois modéré et passionné, aussi dur à interpréter que Mozart. Il faut contrôler le phrasé, le toucher : si on se laisse aller, c’est vulgaire. Si on se retient, c’est froid ou impersonnel. »

Martha Argerich.

Avec quelles pièces aborder Chopin ?

Par ordre progressif

Valses

N° 17 en la mineur, 18 Sostenuto 12 – 9 – 3 – 10 – 7

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Les valses ont été, en majorité, publiées après la mort. Seules 8 valses ne sont pas posthumes.

Ensuite, des valses moins faciles à aborder : 8 – 6 – 13 – 11 – 14 – 4 – 5 – 1 – 2

Préludes

N° 7 – 20 – 4 – 6 – 2 – 15

Ensuite des préludes moins faciles à aborder : 21-11-9-17-13-10-23-3- 14-1-18-5-12-19-22-24-8-16

24 Préludes comme les 24 préludes et fugues du Clavier bien tempéré de Bach (en 2 volumes, donc 48 préludes et Fugues). Chopin était un grand admirateur de JS Bach. Bien d’autres compositeurs se sont essayé aux 24 préludes (et fugues).

Les préludes et fugues de Bach se succèdent par demi-tons ascendants tons Majeurs et mineurs) à partir du ton d’Ut Majeur (ou Do Majeur).

L’ordre adopté par Chopin fait alterner aussi les préludes majeurs et mineurs. L’ordre de succession des préludes Majeurs est à la quinte ascendante. Les préludes en mineur sont au ton relatif du prélude Majeur précèdent. On suit ainsi le “cycle des quintes”. DO, la, SOL, mi, RE, si….

Un autre superbe prélude se rajoute dans les éditions : Prélude en ut dièse mineur. Sostenuto (opus 45). Le 25.

Nocturnes

N° 11-2-15-6-9-19- posthume en do# mineur

Ensuite, d’autres nocturnes moins faciles à aborder : 14-10-5-4-3-6-16-1-7-17-18-12-8-13

Mazurkas

N° 5-9-43-4-47-11-41-18-6-44-45-49-14-31-16-8-12-39-14-15-40

Polonaises

Petite Polonaise en sol mineur, composée à l’âge de 7 ans (allegro ma non troppo)

Polonaise n°12 en Sib Majeur

N°1 en Do# mineur

Piano Pleyel 1831
Pleyel de 1831 – MIM Bruxelles – Photo duverney

Quatre anthologies des pièces les plus accessibles

Quelques anthologies existent, regroupant les pièces les plus abordables, les plus faciles de Chopin. Elles renferment des pièces de formes diverses : Mazurkas, Nocturnes, Polonaises, Préludes, Valses… A vous de choisir. Avec les liens, c’est plus facile. Cliquez sur les flèches (ou les points sur mobile) pour voir les 4 volumes.

Je vous souhaite un beau voyage à travers les œuvres de Frédéric Chopin

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8 réactions au sujet de « Première Pièce de Chopin ? »

  1. Bonjour Catherine,
    Dans le siècle de Chopin, mes compositeurs préférés sont Satie, Debussy, Ravel. Etrangement j’ai toujours laissé Chopin sur le bas côté. Il y a des choses difficiles à expliquer. Je n’avais pas d’affinités avec sa musique. Je ne ressentais pas le besoin d’aller plus loin dans la découverte de ce musicien. Il a fallu que je prenne connaissance de cet article au demeurant très instructif et de souscrire à la formation de la valse sostenuto pour réviser mon jugement. Peux-t-être avais-je pensé que sa musique était inaccessible bien celle des musiciens cités plus haut ne soit pas dans la simplicité.Merci pour cet article. Bien Cordialement.Jean-Marc

    1. Merci Jean-Marc,
      Heureuse de vous faire re-découvrir Chopin avec cette petite valse oubliée.
      Prises pas à pas, certaines pièces sont accessibles. A bientôt !

  2. Merci pour vos articles passionnants. Je n’aime pas beaucoup Chopin mais vous me donnez envie de le découvrir.
    Merci encore pour votre générosité et amour de la musique partagé,
    Une grand-mère de 77 ans

  3. Bonjour,
    Sur la plaque de rue parisienne dont la photo est utilisée en tant qu’illustration de ce billet , il est indiqué “Chopin Compositeur et pianiste polonais”. Or, il n’est pas exclu (mais cette thèse est contestée) qu’il était français…(cocorico !).
    Il se trouve qu’un de mes anciens professeurs, Emmanuel Langavant (c’était un spécialiste de droit de la mer et de contentieux administratif) a soutenu cette idée . Sa thèse est évoquée d’ailleurs dans une note sur la page wikipedia consacrée à Chopin. Je me souviens bien d’Emmanuel Langavant. Je me souviens avoir passé une après-midi entière chez lui avec quelques autres étudiants. Il habitait en pleine forêt et possédait un superbe piano à queue . C’était aussi un excellent pianiste amateur et il est fort probable qu’il ait fait de solides études musicales dans sa jeunesse compte tenu du niveau des pièces qu’il jouait…

    1. Bonjour Bruno,
      Je le voyais comme franco-polonais ! Son père était français…
      Emmanuel Langavant, un érudit éclectique sûrement passionnant !
      Merci pour votre commentaire !

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