Apprendre à jouer du piano comme un pianiste ?

Apprendre à jouer du piano comme un pianiste ?

Dès le début, avoir les bons outils pour jouer comme un pianiste

Se dire qu’un professeur de piano est “bien assez bon” pour faire débuter les petits pianistes n’est pas une idée nouvelle. De plus, elle a la vie dure.  Cette citation du XIX ème siècle que vous pouvez lire ci-dessous n’a pas pris une ride !

 

Clavier de piano

 

…”Ces premières leçons ainsi que les habitudes prises dès le début ont une importance extrême et l’on ne saurait combattre l‘erreur trop répandue qui fait croire à tant de personnes qu’un professeur est toujours assez bon pour commencer l’éducation musicale d’un enfant. Il faut au contraire, sous l’œil et sa direction, par ses soins et sa surveillance, qu’aucun défaut ne puisse être contracté et que l’élève marche d’un pas sûr dans la voie du progrès.

Bien des exemples nous ont déjà prouvé qu’il est plus aisé à un élève intelligent de continuer seul des études bien conduites pendant les premières années, qu’à tout autre de corriger, même avec l’aide d’un excellent professeur, les défauts que de mauvaises leçons on laissé s’enraciner.”

Cette citation est tirée d’un ouvrage pédagogique de 1875 .

 

 

Jouer comme un pianiste.
Apprendre à tenir le son, tout en remontant le poignet. (photo c.duverney)

 

Les premiers apprentissages, quels qu’ils soient, s’ancrent profondément au niveau intellectuel et corporel : il vaut mieux ne pas les faire de travers.

Notre défi d’enseignants est de transmettre ce qui nous semble le meilleur tout en intéressant l’élève. Forts de notre expérience et de différentes rencontres et lectures, nous essayons d’innover dans nos cours.

Certains pédagogues se rapprochent parfois des scientifiques pour mieux définir ce que peut être ce “meilleur” en espérant faire évoluer les apprentissages.

 

Petit bonus : piano, enseignement et neurosciences…

A toutes les époques, les pédagogues ont pris du recul en se posant des questions sur leur activité d’enseignement.

Aujourd’hui, je voudrais vous faire découvrir un joli film (durée 5’30) qui a été primé (Prix du jury 2017) au festival de courts métrages « LES CHERCHEURS FONT LEUR CINÉMA ».

“L’auteure de ce film, Ester PINEDA, pianiste pédagogue et doctorante, s’intéresse aux méandres de l’activité cérébrale des musiciens.  Ce film est une vision poétique sur la recherche en neuropsychologie de la musique dans une balade-exploration de l’imaginaire musical et de l’écoute intérieure des pianistes”.  Et le souhait de l’auteure est que “cette recherche ouvre des voies innovantes en pédagogie”.  Je lui souhaite un franc succès !  🙂

Pour info, dans le film (à 4’37), un professeur de musicologie parle de cette empreinte très forte laissée par les premières années d’apprentissage.

 

 

La main du pianiste, un véritable couteau suisse !

Une main, modelée par une pratique saine (sans tensions) et par certains exercices choisis par le professeur sera un outil efficace pour le pianiste.

Comme au sport, certains exercices pianistiques ciblent les muscles et les articulations à mobiliser. Les techniques si diverses (nuances, legato, staccato, portando, notes répétées, doubles notes, arpèges, gammes, vitesse… ) transforment la main par la pratique. La main devient ainsi un véritable outil au service du pianiste, au service de la musique. Une sorte de couteau suisse à utiliser judicieusement !

Avec cet outil multi-fonction, le pianiste pourra s’exprimer en musique en exploitant pleinement le potentiel de l’instrument.

Et cela restera un vrai plaisir si cette activité n’est pas fatigante et ne génère pas de tensions musculaires, de problèmes de tendons ou de ligaments.

 

J’aurais aimé parler ici d’endurance mais dès qu’on utilise ce terme, c’est l’idée d’un effort presque pénible à soutenir qui nous vient à l’esprit. Or, apprendre à jouer du piano, c’est justement apprendre à…

 

  • Utiliser son corps à bon escient
  • Minimiser les efforts
  • Utiliser la force naturelle (pesanteur)
  • Détendre la main, les mains entre les actions
  • Se servir de ses oreilles
  • Faire des gestes utiles, adaptés
  • Savoir anticiper les déplacements
  • Faire respirer la musique
  • Maîtriser le son, entendre intérieurement
  • Faire passer des émotions en jouant les morceaux que l’on aime

 

Et ces objectifs ne sont pas réservés aux seuls futurs professionnels détectés dans les conservatoires ou autres Ecoles Supérieures. Ils sont réservés… à tous les commençants dès le début !

 

Donner la possibilité de jouer sur des pianos anciens et en bon état.
photo c.duverney

 

Aller au-delà des notes et jouer avec expression, cela s’apprend

Parfois, en tant qu’enseignant, nous pouvons nous dire qu’il est trop tôt pour parler de gestes, de qualité sonore avec le débutant et qu’il y a déjà assez de travail à déchiffrer les partitions…  C’est, je pense, prendre le problème à l’envers.

 

Exit les partitions et concentrons-nous au contraire sur le son en apprenant à l’enfant à écouter son piano et le son qu’il produit. Ici je pense à l’enfant débutant. Avec l’adulte qui commence le piano, on peut faire la même chose mais en accéléré.

 

L’enfant reconnaîtra un son plein, chaleureux, non agressif si on l’éduque à cela et si on l’invite à se servir de ses oreilles. C’est une pratique qui se perd et pourtant elle change tout. L’oreille va guider la main. Sans partition mais en contact avec le piano, l’enfant fera de multiples expériences sensorielles, motrices qu’il engrangera dans sa mémoire et dans son corps.

Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :  Vous donnez des cours de piano ? Ce blog peut vous y aider !

 

Le son naît du geste, d’une respiration

Au piano, le geste est respiration. Si je considère le son du piano comme une voix humaine, je peux comprendre cela. Respirer avant de parler, respirer avant de chanter. Prendre une respiration plus profonde, plus démonstrative avant de dire ou de chanter une longue phrase, cela nous parle.

 

En fait, nous devrions jouer du piano en ressentant le BESOIN de respirer, comme si nous chantions. Ainsi nous nous connectons intimement à la musique et nous installons l’auditeur dans un vrai confort d’écoute.

 

Apprendre à jouer du piano comme un pianiste.
Le geste de détente aère le discours musical    (photo c.duverney)

Jouer “avec âme”

Sur les partitions, on lit de temps en temps l’expression “con anima“. Au tout début des études, la première fois qu’on la rencontre, on pense “animation, surplus d’activité”, comme une rue animée, bruyante.  Or, ce n’est pas cela. Justement tout le contraire. Con anima nous dit “jouer avec âme”. 

 

Pas facile d’expliquer cela. Pour moi, cette expression m’invite à jouer de toute mon âme, mais je n’explique rien comme cela. En disant de tout mon être, c’est déjà peut-être plus clair. J’ai l’image d’une immersion tout en écrivant. Pas d’une noyade mais d’une libre entrée dans la phrase musicale jusqu’à en faire ma propre expression.

 

Comme un acteur qui incarnerait intimement son personnage. Et c’est plutôt dans des passages lents et chantés que cette expression se rencontre. Parfois, jouer de la musique lente, chantante (cantabile) s’apparente à une méditation voire une prière quand on la joue sincèrement. Ce n’est pas exagéré que de dire cela.

 

Jouer de piano avec âme, con anima
Con anima, avec âme

 

Le musicien est un alchimiste

J’entends la musique comme un organisme pourvu d’un cœur et de poumons. Couchées sur une partition, les notes ne sont pas musique. La musique n’est vivante que quand le musicien la joue. Il en est à chaque fois le réanimateur. Ré-anima-teur…

Le cœur ?

Oui, le rythme si proche de celui du cœur. Je ne parle pas de la pulsation des musiciens qui est une division régulière du temps qui défile. Physiologiquement, le cœur n’est pas régulier dans ses battements, dans ses bruits.  Systole/ diastole, on a tous appris cela à l’école. Je le note ainsi : ♥___♥_♥___♥_♥___♥…etc

cœur bleu

 

Cette cellule rythmique “longue brève…” qu’on a appelée (le) trochée [troké] dans la Grèce ancienne, est très présente dans la musique.

La poésie antique, comme la musique, utilisait entre autres cette alternance de syllabes accentuées et de syllabes muettes, “atones“. Les notions de temps forts et temps faibles (dont on parle aux élèves) rejoignent cela.

Quelques exemples de rythmes trochaÏques :

Le Bon Roi Dagobert, vous connaissez !

Deuxième ballade de Chopin

Cum dederit   Vivaldi

Sicilienne de Fauré

Ici, Erik Satie note le rythme inverse du trochée, le rythme brève-longue, appelé  ïambe ou rythme ïambique.

Première Gymnopédie Satie

 

Et les poumons ?

Les phrasés appelés “articulations”,  les respirations, les cadences, demi-cadences (fin de phrases) qui ponctuent le discours musical, c’est tout cela qui aère la musique et la rend plus compréhensible. Le geste pianistique rend la respiration musicale plus évidente et la note suivante vit déjà dans ce geste. Cécile MULLER, pianiste et pédagogue va plus loin (ou plus en amont !) dans son ouvrage “La musique au piano” p.97. Elle dit très justement :

 

“C’est de l’image du son intériorisé et du désir de sa réalisation au piano que naît le geste pianistique. Il est toujours généré par l’expression et la nécessité de l’action musicale”.

Ces considérations sont un peu techniques pour celui qui n’est pas musicien. Toutefois ces notions sont importantes à assimiler pour qui veut enseigner ou simplement faire de la musique au piano.

 

Jouer comme un pianiste : Il n’y a pas d’âge pour commencer à ressentir la musique

Les moyens de vivre la musique, de l’expérimenter ne sont pas les mêmes selon les âges. Faire débuter l’enfant au piano en lui enseignant le geste de base est une bonne façon pour lui de vivre la musique avec son corps. Un peu comme un enfant qui danserait sur de la musique en tenant des foulards. Expérimenter le mouvement pianistique permet à l’enfant de “voir” le son et de nous le montrer, un peu comme s’il le dessinait dans l’espace.

 

Il n’est pas très courant d’enseigner le geste pianistique à des tout jeunes enfants et le contenu des cours, mettant l’accent sur le mouvement, peut interroger : jouer avec un seul doigt, le majeur et surtout pas le pouce, faire des exercices d’assouplissement du dos, des bras et des épaules, jouer sans partition, sans méthode… Les parents pourraient montrer une certaine impatience !

 

Pression parentale ressentie ou pas, expliquons notre démarche

Que saura jouer mon enfant après une année de cours de piano ?” Question posée par des parents qui espèrent parfois entendre très vite s’échapper de leur salon un air un peu connu comme…  mi ré# mi ré#…

Si vous êtes musicien, vous avez deviné ! Une lettre à Elise méthodiquement sabotée que la majorité des professeurs bannissent des auditions. J’avoue que j’ai accepté encore dernièrement qu’une élève la joue. Elle l’avait travaillée seule. J’ai été faible…  🙁  Mais elle s’en est bien sortie !

Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :  Pourquoi adapter les morceaux pour piano des élèves ?

 

 

Jouer comme un pianiste !

 

 

Donc pour les débuts, pas de méthode papier si nous ne dénichons pas celle qui nous va. Personnellement, je trouve difficile de composer avec un livre en arrangeant systématiquement des pièces qui ne conviennent pas. Voyez “Débuts au piano, quelles méthodes choisir ?”

Si comme moi, vous ne faites pas jouer les grands standards ou la sonate au clair de lune au bout de la cinquième leçon de piano (oui oui, c’est du déjà vu !) vous sentirez peut-être le besoin de vous justifier.

 

Chi va piano, va sano e va lontano

Qui va lentement, va sainement et va loin… Il nous reste à expliquer aux parents qu’en allant lentement dans les apprentissages, nous installons des bases solides (mais souples !  🙂 ) pour un futur proche tout à fait agréable. Nous essayons de donner les meilleurs outils pour permettre à leur enfant de mieux jouer du piano. Il ne s’agira pas de s’enliser dans un posturisme (néologisme du jour !) mais de faire jouer l’enfant avec un geste efficient qu’il intégrera “naturellement” et pour la vie !

 

Enseigner : une chose sérieuse à faire de son mieux

Faire débuter (du jeune enfant à l’adulte) est une tâche difficile. Si vous êtes novice dans l’enseignement du piano ou si vous n’avez jamais lu de livres sur le sujet et que cela vous intéresse, je vous conseille ces ouvrages. Vous découvrirez avec bonheur que jouer du piano n’est pas seulement mettre le bon doigt au bon moment.  :). C’est bien plus que cela.

 

Mémoires d’empreintes de Brigitte BOUTHINON-Dumas Editions Symétrie

L’homme et le piano de Monique DESCHAUSSE Editions Van de Velde

La musique au piano de  Cécile MULLER Editions Fuzeau classique

L’art du piano de Heinrich NEUHAUS  Editions Van de Velde

 

 

Jouer du piano, une activité à exercer avec prudence

Ce n’est pas normal d’avoir mal dans les bras, aux poignets ou dans les épaules en jouant du piano. Mais il fut un temps où la douleur était plutôt le signe d’un travail efficace. A oublier.  🙁

Heureusement ces temps sont révolus…  et pourtant combien sommes-nous parmi les professeurs de piano à penser au pire ?

Oui, carrément, au pire !  Simplement avoir dans un coin de sa tête les quelque dystonies, tendinites, kystes que pourraient générer les crispations et les tensions dans la pratique du piano.  Sans tomber dans la paranoïa …

Je m’explique : un musicien, tout particulièrement un pianiste de haut niveau EST un athlète de haut niveau. On commence à l’admettre. Dans sa formation, dans l’exercice de son métier et parce qu’il a travaillé avec les meilleurs pédagogues, il est normalement sensibilisé aux différents incidents qui pourraient par exemple arriver à ses mains en travaillant le piano de façon intensive.

Il en est de même pour le pianiste en herbe : des mouvements mal faits et de façon répétée peuvent déclencher des maux.

Donc penser au pire c’est être simplement prudent. Et c’est transmettre dès le départ les bons réflexes aux élèves.

 

Jouer comme un pianiste !
différentes expressions de la main !

 

En guise de conclusion

Je vais vous confier  ce que je dis souvent à certains de mes élèves : je leur raconte que je suis fainéante ou paresseuse et que ce qui m’intéresse, c’est avoir un maximum de résultats avec le minimum d’efforts. Tout cela est vrai !

 

  • Maximum de résultats : Je ne veux pas travailler pour rien ou passer du temps au piano pour rien. J’ai beaucoup d’autres choses à faire, comme tout le monde. Donc il faut travailler efficacement. Avec toute sa concentration, son intelligence mais sans stress et dans la détente. Quand les élèves sont petits, je préfère que le parent soit présent au cours pour aider l’enfant à traverser la semaine entre les deux cours.

 

  • Minimum d’efforts : toujours s’entraîner* en ressentant bien le poids naturel qui va donner un son plein sans forcer et sans se crisper.  On joue avec son corps tout entier. *S’entraîner plutôt que travailler ? C’est une idée plus plaisante, empruntée au sport. Isoler les difficultés sans vouloir toujours reprendre le début de la ligne ou du morceau est une excellente habitude.

Ainsi travaille le pianiste.

 

Donner juste ce qu’il faut avec le geste adapté à la situation en y mettant tout son cœur.

Ainsi joue le pianiste.

cœur bleu

Un minimum d’efforts pour un maximum de résultats !

Merci d’avoir lu cet article !

Il vous a plu, ou vous interroge ? Lâchez les commentaires ci-dessous !  🙂

Pour compléter cette lecture, vous êtes libre de télécharger gratuitement mon GUIDE DES PREMIÈRES LEÇONS DE PIANO en utilisant un des différents formulaires de ce blog.   🙂

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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